En voici le contenu :
Madame Perrot, responsable du FN Trèguier au Colonel Marceau commandant des FFI du département des Côtes du Nord.
Actions accomplies par la Compagnie Militaire de Tréguier lors de la libération de la ville, les opérations qui en ont résulté.
En pleine occupation à la mi-juillet, j'ai réuni à mon domicile les éléments de la Résistance qui avaient travaillé clandestinement pour la libération et qui faute d'armes n'avaient pu rejoindre le maquis. Nous avons été débordés par les événements qui se sont précipités par la suite de la rapidité de l'avance des alliés, malgré tout nous avons réussi à former un fort contingent de volontaires dont plusieurs déjà expérimentés au point de vue militaire (une centaine d'hommes environ imparfaitement équipés) leurs armes provenant de prisonniers russes qui se sont rendus à une de nos patrouilles, plusieurs des nôtres possédaient déjà des revolvers.
J'ai confié le commandement de notre compagnie au sergent chef des chars d'assaut Le Blouch Francis avec comme adjoint (mon adjoint du FN) et le premier Maître de la marine Léon Nicolas.
Le sergent de réserve Noël était particulièrement chargé des renseignements, les chefs de groupes choisis parmi les meilleurs des volontaires.
Le Sergent-chef Le Blouch et (mon adjoint du FN) sont entrés en liaison avec le Capitaine Aguirec en vue de préparer l'attaque contre la garnison de Tréguier. D'accord avec cet officier, l'attaque avait été décidée pour le 12 août au matin avec comme effectifs la compagnie de Tréguier et une compagnie de Bégard. Le 12 août au matin, le Capitaine Aguirec voulait faire entrer en action les blindés américains étant donné l'importance de la place qui était un noeu commandant l'accès de Trélévern, Penvénan, Plougrescant, La Roche-Jaune, d'une part et d'autre part Pleubian, Lézardrieux, Pleumeur-Gautier où se trouvaient à ce moment groupés de forts noyaux de résistance allemande. Les Américains n'ayant pas accepté d'appuyer cette attaque, le Capitaine Aguirec a agi avec le seul concours des troupes FFI. Une reconnaissance a été effectuée à Tréguier même par le Lieutenant Maurice de Lannion, le Sergent-chef Le Blouch (et mon adjoint du FN) quelques minutes avant l'attaque. La résistance ne semblait pas très forte à ce moment, les troupes sont entrées à Tréguier, tandis qu'une voiture Jeep montée par deux parachutistes Français qui patrouillaient dans la région fut engagée par nous pour nous appuyer. Après pourparlers les allemands se sont rendus. Les armes des prisonniers ont servi à compléter l'armement de la compagnie de Tréguier. 2 heures plus tard, une patrouille de 40 hommes venant de Lézardrieux adressait un ultimatum aux éléments de sécurité FFI disposés pour défendre l'accès des ponts. Nous avions 190 hommes, 6 FM avec 250 cartouches environ par arme automatique. Aux termes de l'ultimatum la garnison de Tréguier devait immédiatement évacuer la ville sinon cette ville subirait un massacre de femmes et d'enfants, les maisons seraient incendiées, un bataillon allemand déjà en route avec artillerie et mortiers devant attaquer dans l'heure qui suivait. Le Sergent-chef Le Blouch parfaitement au courant de l'importance des effectifs allemands décida de faire replier les troupes à 6 kilomètres de la ville sur la route de Lannion et de les placer en position d'attaque en cas d'une avance ennemie.
Pendant deux jours, les allemands se sont fortifiés à Tréguier, ont occupé toutes les routes, les places, les rues, les ponts, avec canons, mortiers, armes automatiques. Connaissant l'existence d'éléments FFI dans les environs de la ville et la complicité des habitants, ils ont fait publier que des perquisitions seraient faites dans les maisons pour retrouver les armes cachées. Les coupables seraient punis de mort. C'est ici que se place un acte d'héroïsme accompli par deux jeunes filles Yvonne Meudic et Anita Salaun qui en plein jour à une heure de l'après-midi ont transporté dans des sacs placés sur une brouette des munitions camouflées dans un jardin et ensuite cachées dans un caveau situé sur la place même de Tréguier. Aux quatre coins de la place il y avait des sentinelles allemandes. Ces jeunes filles ont accompli 2 fois le trajet et risquaient leur vie. Ce fait mérite d'être signalé.